Retours sur le congrès du Cipac 2022

Enquetes de terrain

Annonces, doléances et tactiques de défense, vlà mes retours sur le 7e congrès du Cipac.

Le Cipac a tenu son 7e congrès les 12 et 13 juillet derniers, à Marseille.

J’en suis revenue la tête pleine de choses, d’infos, de contacts, de trucs à guetter, d’idées de recherches à faire, enfin bref un bon gros bazar mental.

Alors j’ai laissé reposer ça durant l’été, et aujourd’hui je te propose ma synthèse, subjective et partielle mais absolument sincère. Ce qui m’a touchée + ce que j’en retiens.

Comme d’hab (ou presque), tu trouveras toutes les sources citées en fin de post.

Quelques repères sur le Cipac

Le Cipac, je t’en ai déjà parlé (ici), c’est le réseau des réseaux, le méta-réseau des pros de l’art contemporain.

Au programme de son 7e congrès :

  • des webinaires en mai et juin, auxquels je n’ai pas assisté
  • 4 tables rondes, en juillet à Marseille, réunissant 5 ou 6 ou 7 intervenant·es chacune, sur ces sujets :
    • Quel avenir pour les politiques de soutien aux arts visuels ?
    • Observation, ressources : ce qui se joue au sein du collectif
    • Faire mieux, faire autrement, faire moins : comment les crises font évoluer nos pratiques professionnelles
    • Pour une évaluation des politiques et des actions de soutien aux mobilités internationales

On était plusieurs centaines (je n’ai pas retrouvé combien) à y assister, venant de l’Hexagone et des Outre-mers.

Entre les invité·es et l’assemblée, il y a eu des dizaines de prises de parole : médiateur·rices, formateur·rices, artistes, responsables de structures, directeur·rices d’écoles d’art, chargé·es de communication, commissaires d’expo, galeristes, représentant·es d’organismes de gestion collective, élu·es, représentant·es d’institutions officielles, chercheur·ses, j’en oublie sûrement.

D’un point de vue strictement cérébral, cette bouillie d’infos et d’opinions était assez fun.

En pratique, quand on connaît le déséquilibre des forces en présence, ça l’était moins. Ça ressemblait à une battle, un ping pong entre pouvoirs salement déséquilibrés.

Et ça, c’est seulement la partie “programme officiel”.

 

En parallèle, ça a été l’occase pour moi de revoir des consœurs éloignées, rencontrer des gentes, mettre des visages sur des noms, boire des coups, manger des petits fours, voir la mer et décéder de chaud (dehors) ou de froid (dedans). Sportif !

Tu comprends pourquoi il m’a fallu quelques semaines pour m’en remettre.

Un mois et demi plus tard, quand je repense à ce congrès, certaines choses me font bondir, d’autres font s’affaisser mes sourcils de blasance, d’autres me donnent un peu d’espoir.

Toutes les couleurs de l'arc-en-ciel

La rhétorique politique ou les 🤦 de l’espace

S’agissant d’un événement hautement institutionnel, il fallait s’y attendre : la rhétorique politique était dans la place.

Certaines personnes* ont fait preuve d’une telle condescendance qu’on ne pouvait même plus la mettre sur le compte d’une maladresse. Je n’ai d’ailleurs pas été la seule à bondir sur ma chaise face aux sorties les plus hors-sujet du siècle.

Florilège des meilleures stratégies d’évitement par nos instances officielles.

(*je ne vais pas dire qui a dit quoi, ça prendrait trop de place, et là n’est pas la question : certes, des personnes sont, en elles-mêmes, à côté de la plaque ou méprisantes, mais l’ensemble de ces bourdes donne un aperçu du problème à l’échelle globale.)

Botter en touche

Meilleure stratégie : répondre à des remarques de type “tel problème existe” par des infos de type “ce problème n’existe pas dans cet exemple”.

La table ronde intitulée “Quel avenir pour les politiques de soutien aux arts visuels ?” parlait en fait beaucoup plus du passé de ces politiques — récent certes, mais passé tout de même.

Un·e artiste-auteur·rice a demandé très clairement : “Quels moyens vont être mis en œuvre par rapport au soutien aux artistes ?” en soulignant la “fracture” entre collectivités qui sont au courant et celles qui ne savent pas, ou font mine de ne pas savoir, qu’il faut payer les artistes qu’on invite.

À cela, un·e représentant·e institutionnel·le répond que “le droit de présentation ne fait plus débat a priori au sein des institutions françaises”.

(rappel : le droit de présentation = droit d’exposition = l’argent qu’on verse à un·e artiste dont on expose les œuvres)

PTDR.

Remous dans la salle.

Merci d’abord, de nier l’expérience qui vient d’être partagée.

La·e représentant·e poursuit : “Comment faire en sorte que tout le monde soit au courant ? On fait un peu les VRP depuis deux ans, on s’adresse aux collectivités et aux municipalités, et on fait face à une écoute”.

Bref si on dit ce que l’institution n’ose jamais dire, c’est que c’est pas gagné et que ça va avancer super lentement.

Eviter les questions qui fâchent

Re botter en touche

On a eu droit à la négation du Réseau ressource (dont je parlais ici), tout neuf ok, mais dont la création a été largement communiquée au ministère de la Culture et ses petits frères 😠

Un·e représentant·e du Ministère a ainsi abordé la question de la ressource :

La ressource ça recoupe plein de choses, c’est important de savoir de quoi on parle. (…) Il y a l’accompagnement, le conseil, la formation professionnelle et l’information*. L’enjeu est d’identifier ce dont on a besoin : une interface vers les pouvoir publics pour pouvoir faire remonter les modifications qui sont nécessaires. Il nous semble [pertinent] que le Cnap soit fédérateur, pour qu’il n’y ait pas de perte d’énergie.

“Que le Cnap soit fédérateur” : le Cnap travaille actuellement sur l’élaboration d’un centre de ressource, on l’a su lors des dernières assises du Cipac en novembre 2021. Bon ben on n’en saura pas plus, si ce n’est que les principales·aux acteur·rices sont écarté·es de ce chantier : les lieux d’accompagnement, de conseil, d’info et de formation notamment 🤦

*Tiens c’est curieux, c’est exactement comme ça que le Réseau ressource arts visuels définit les activités de la ressource 💁

Faire du tourisme et donner des leçons sur ce qu’on sait déjà

On a un·e modérateur·rice qui a carrément introduit sa table ronde en nous racontant sa découverte, à l’occasion de cette invitation, du Cipac et des Sodavi :

Dans le programme qu’on vous a communiqué, on voit bien qu’il y a eu la crise très forte, quand bien même il y a eu des aides. Donc ça va mieux, mais ça va pas. (…) J’ai regardé ce qui s’appelle le “schéma d’orientation pour les arts visuels”. Alors, ça s’appelle le Sodavi Nouvelle Aquitaine, je l’ai lu et j’ai noté cela : l’importance des territoires. Je retiens des mots : rencontre, échanges, partages, améliorer, communication, désir d’appréhender… Je vous invite à le lire.

Quel casting de choix 😂

Je parlais ici du Sodavi, ce méga état des lieux du secteur, établi dans chaque région (ou presque) il y a quelques années. Ça a été un enjeu énorme pour toutes les gentes du métier : le but était de dresser le paysage des arts visuels en France, en sollicitant toutes les sortes d’acteurices, à travers tout le territoire. Donc merci, vraiment, de nous partager cette découverte !

Comme l’audace n’a apparemment pas de limite, la même personne a donné la parole à un·e référent·e du réseau de médiateur·rices en lui demandant de “[nous parler] du métier de médiateur — enfin si on peut appeler ça un métier” (sic !).

Mais trop drôle cette blague, dis. Je te raconte pas la vague d’indignation (pour rester polie) qui a traversé la salle à ce moment.

ptdr

Sauter à pieds joints à côté de la plaque

Dans la table ronde sur la ressource, un·e spécialiste du spectacle vivant était invitée pour nous parler d’une initiative de base de données de ressources, à titre d’exemple. Alors c’est cool de s’inspirer des bonnes idées venues d’autres secteurs… quand on est au moins d’accord sur ce dont on va s’inspirer. Cet·te invité·e parlait de ressource artistique : les infos sur les spectacles, leur projet artistique, leur conception, leur production…

Pour le reste de l’assemblée, la “ressource” regroupe, on l’a vu, les informations plus structurelles du métier : les démarches administratives, les méthodes de travail, les cadres juridiques, bref tout ce qui sert à montrer des projets artistiques. La partie artistique, c’est seulement un tout petit morceau de ce qu’on partage dans la ressource 😬

Rater sa cible

Le marronnier du secteur : l’enjeu de la collecte des données

Le gros problème du secteur (à part le manque de moyens), c’est qu’on est des pros et des structures tellement différentes que c’est compliqué de dresser un portrait fiable des arts visuels en France. Au niveau de l’Insee par exemple, il faut recouper les infos à la petite cuillère pour trouver les chiffres qui nous représentent.

De fait, différentes formes de collecte coexistent : l’administration fiscale et sociale ; le suivi des structures labellisées par le Ministère ; les enquêtes faites au sein des réseaux de pros ; et le travail réalisé par des instances privées ou assimilées.

L’administration fiscale et sociale

L’Urssaf et le fisc, qui récupèrent les charges sociales et les impôts associés aux rémunérations, pourraient être de belles sources de données.

2 obstacles à cela :

  • toustes les pros du secteur ne sont pas payé·es pour le travail qu’iels fournissent. On le sait pour les artistes, mais c’est le cas d’un paquet d’autres pros qui montent des projets, des lieux, des événements à la seule force de leur poignet (et de leurs fonds propres).
  • Quand bien même il y a rémunération, elle ne s’inscrit pas toujours dans les rails de l’administration française. Cette dernière est tellement pétrie d’injustices et d’aberrations qu’il est parfois plus facile, pour “arranger” les artistes (et/ou les structures), de les payer de manière détournée. Ce bricolage administratif concerne plus souvent les structures réduites (en RH et en moyens financiers), mais ces dernières constituent la majeure partie des diffuseurs. Et le bricolage, sa particularité, c’est de passer sous le radar des administrations fiscale et sociale.
Equation

Le suivi des subventions du Ministère

Sur le site du Ministère, on peut trouver facilement les infos sur les structures labellisées, c’est-à-dire étiquetées de la bonne étiquette, octroyée par ledit Ministère : Centre d’art contemporain d’intérêt national, Musée de France par exemple.

Le problème (n°345) est que toutes les structures de diffusion d’art contemporain ne sont pas labellisées, loin s’en faut. Un·e représentant·e du Ministère a précisé que la “connaissance” des structures concernait toutes celles qui perçoivent des subventions. OK, c’est déjà mieux… mais où sont ces données ? Pas en accès libre en tout cas.

Les enquêtes des réseaux de pros

Tous les réseaux de pros font, quand ils le peuvent, des enquêtes sur leurs membres. C’est une source assez fiable d’infos sur les structures et/ou les pros de l’art contemporain, surtout lorsque certains étendent leurs recherches au-delà de leurs seuls membres.

Je pense à Bla! par exemple, qui ouvre ses enquêtes à toutes les personnes qui font de la médiation en art contemporain, pas seulement à ses membres. La limite de ces sources d’info est que chaque réseau opère selon ses critères, et les infos peuvent être difficilement recoupables d’un sous-secteur à l’autre.

Bon je dis ça, je n’ai encore jamais entendu parler d’une étude qui rassemblerait les sources issues des différents réseaux, mais peut-être que c’est un travail en cours ?

Enquetes de terrain

La collecte par des instances privées ou semi-privées

L’Adagp et le Pass Culture étaient présents au congrès. Je parle d’instances “privées ou semi-privées” par élimination : elles ne sont pas des administrations à proprement parler mais opèrent avec l’assentiment plus ou moins tacite de nos représentant·es politiques.

L’Adagp

L’Adagp est un organisme de gestion collective des droits d’auteur de ses adhérent·es. Les artistes et l’ensemble des créateur·rices d’images (ou leurs héritier·es) ont le choix de faire gérer leurs droits par une instance tierce, et s’iels font ce choix, cela peut être l’Adagp.

Les données collectées sont donc partielles au carré, elles ne concernent que leurs membres.

Pour te donner une idée, comparons avec les chiffres de la Maison des artistes et de l’Agessa, qui sont (en gros) les instances qui récupéraient les charges sociales de l’ensemble des artistes-auteur·rices, avant que cela devienne le rôle de l’Urssaf. En 2018, Agessa et Maison des artistes réunies comptabilisaient presque 30 000 artistes-auteur·rices des arts visuels (chiffres de l’Observatoire de l’égalité femmes hommes 2021). Dans son rapport d’activité 2020, l’Adagp fait état de 12 954 artistes vivant·es parmi ses membres directs (qui peuvent aussi être des “successions”, donc des héritier·es d’artistes mort·es).

Remarque : la personne qui parle au nom de l’Adagp à la table ronde mentionne “17000 membres directs”, englobant allègrement successions et artistes vivant·es. Ça gonfle un peu l’impression de représentativité.

 

Tout ce qu’on peut tirer des chiffres de l’Adagp, c’est la progression d’une année sur l’autre. En l’occurrence, le nombre de structures qui ont payé des droits d’expos aux artistes-auteur·rices (membres de l’Adagp) a presque doublé en 3 ans. Mais 2 fois pas beaucoup, ça fait toujours pas beaucoup. Et ça ne représente qu’une partie des lieux et des artistes-auteur·rices concerné·es.

L’autre truc semi-privé qui collecte de la data à fond les ballons, c’est le Pass culture.

Juridiquement, le Pass culture est une société aux actionnaires publics (aka not une administration), et on avait sa·on représentant·e avec nous.

Petit cousin lointain du “chèque culture” de ma jeunesse, le Pass culture est un bon d’achat offert aux jeunes de 15 à 18 ans (si j’ai bien compris) pour des sorties et des achats de trucs culturels. Le “chèque” est aujourd’hui un compte perso sur une appli qui présente toute l’offre éligible au Pass.

Je ne vais pas m’étendre sur le bien-fondé (bof) de cette initiative ni sur son efficacité en matière de démocratisation de l’accès à la culture (très très bof). Ici la collecte de données concerne une fraction du public : les jeunes de 15 à 18 ans.

C’était un peu hors-sujet, complètement cringe (tu récupères des données de personnes mineures… ok) et je me demande comment ça va évoluer.

En bref : la collecte de données, bien avant le traitement de ces données, est super problématique — mais elle a le mérite d’exister sous diverses formes, qu’on peut espérer combiner.

Aspirateur de donnees

L’attitude méta-professionnelle

En tant que secteur professionnel, qui n’est pas une branche ou une filière à proprement parler, les arts visuels sont complètement navrants sur deux plans : le rapport aux syndicats et le rapport à la profession. L’attitude générale face aux concepts de travail et de RPS sont eux aussi, un peu à la ramasse.

L'allergie aux syndicats

C’est évidemment un·e représentant·e de syndicat qui le souligne : le mot “syndicat” n’a pas beaucoup été prononcé durant le congrès. Cette même personne, qui déplore que si peu de pros soient syndiqué·es, parlait même de “maltraitance institutionnelle” pour souligner que l’action même des syndicats est entravée administrativement. On a d’ailleurs entendu parler de syndicats d’artistes-auteur·rices, pas d’autres professions (il me semble).

Évidemment, toutes les personnes syndiquées ne s’entendent pas sur les solutions à apporter à la précarité des artistes. Certain·es appellent à une sécurisation qui passe par plus de cotisation (j’en parlais ici).

D’autres soulignent que cotiser pour avoir droit au chômage transformerait les structures en employeuses d’artistes. Or, “Est-ce qu’on veut ce lien de subordination ?”

Ce à quoi les premièr·es répondent que la question n’est pas là, le lien de dépendance est déjà un lien de subordination (point de vue que je partage).

En bref, on n’a pas le derrière sorti des ronces.

Échouer à faire secteur

L’autre truc qui m’a frappée, souligné par un·e galeriste, c’est la difficulté à parler au nom de l’ensemble d’une profession. Cette personne soulignait que lorsqu’un·e auteur·rice est intéreviewé·e, iel a toujours, à un moment, un mot pour l’ensemble du secteur du livre. Cette conscience de faire secteur semble absente chez les galeristes.

J’ai envie d’ajouter : de même chez les structures. J’ai l’impression que les structures, et leurs équipes (dont j’ai fait partie à un moment, je le rappelle) sont plus focalisées sur leur situation par rapport aux autres structures, que sur la situation globale des lieux d’art par rapport au reste du monde.

L'union fait la force

La vigilance face aux normes

Un·e invité·e faisant la synthèse d’une enquête auprès des pros du secteur artistique — je n’ai pas compris si iel ne parlait que d’artistes ou non, jpp de ces approximations, bref — parlait d’une pluri-activité pas forcément subie, par des pros épris de liberté (je comprends tout à fait, c’est mon cas).

C’est là que la “vigilance face aux normes” percute de plein fouet la volonté de “sécurisation” des conditions d’emploi, de rémunération et de travail.

Bien vu : le salariat est vu comme “repoussoir” (là on ne parle plus d’artistes, c’est très clair) mais la liberté se paie un peu trop cher.

La question des risques psychosociaux

Je le disais dans ce post, la question des RPS est peu débattue dans le secteur de l’art, mais elle arrive ! Un début de réflexion a été mené par l’ARACT-ANACT (l’agence régionale/nationale pour l’amélioration des conditions de travail) avec des salarié·es, artistes, acteur·rices institutionnel·les et indépendant·es travaillant dans l’art contemporain. Les premières conclusions pointent le défaut d’organisation à l’échelle non seulement du secteur mais aussi des structures, des équipes, des groupes qui travaillent ensemble.

Défaut d’organisation, et défaut de conscientisation du problème : la susceptibilité des chef·fes d’équipes quant à leur management est stratosphérique, au point que la seule demande de discussion sur l’organisation du travail est vécue comme la contestation absolue de leur travail (et donc, souvent refusée). Pas que j’en sois surprise, mais ça fait du bien de l’entendre clairement formulé.

ego-firme au service d'une personne

Là où des choses sont dites

Une seule des tables rondes était composée à 100% de personnes hors institution : pas de représentant·e du Ministère, ni de trucs semi-privés, ni d’administration. Ça a apporté un souffle d’air frais tout à fait bienvenu dans ce congrès ronronnant. La table ronde était intitulée “Faire mieux, faire autrement, faire moins : comment les crises font évoluer nos pratiques professionnelles”. Évidemment on a parlé de certaines répercutions de la pandémie, mais aussi de quantité d’autres problèmes datant de bien avant 2020.

Je partage ici certaines des réflexions les plus coolos de cette table ronde, mais l’ensemble de la discussion mériterait d’être publiée (je pose ça là, si les participant·es passent par là, on peut en discuter).

Le problème de cette table ronde était essentiellement : son intitulé donneur de leçons.

Faire moins ok, ont témoigné la plupart des intervenant·es. C’est logique, après la prise de conscience en matière d’écologie et de santé mentale. Mais dans le contexte des politiques publiques de la culture, où il faut fournir des indicateurs chiffrés par ci par là en échange de subventions (pour schématiser), “faire moins c’est être perdant·e”.

Faire mieux, bah forcément, car on peut difficilement faire pire”, a dit une autre personne.

Quant à faire autrement, quelques pistes ont été partagées pour y arriver, en voici quelques unes.

  • Visibiliser le travail fourni gratuitement : en tant qu’indépendant·e, indiquer sur ses factures le vrai volume de travail, le temps et le nombre de rendez-vous, le facturer à un taux fixe (horaire ou non) et appliquer une “réduction” pour atteindre le tarif “convenu entre les parties” — c’est-à-dire souvent imposé par les commanditaires ;
  • Arrêter de demander aux artistes de produire forcément de nouvelles pièces, forcément matérielles ;
  • Se référer aux structures, médias, collectifs, syndicats et autres initiatives qui visibilisent les conditions de production de l’art, avec ses enjeux de pouvoir et ses injustices. Pour n’en citer que quelques uns : La Buse, Décolonisons les arts, Économie solidaire de l’art, Documentations.art sont des sources d’infos et de points de vue alternatifs qui peuvent être utiles. Aucune de ces initiatives n’a la réponse au problème structurel du monde de l’art, mais toutes apportent un regard vivant et concret sur les moyens de faire et de diffuser de l’art aujourd’hui.
Faites passer l'info

En bref

En lisant ces tips, là 👆 tu remarques pas un truc ?

Le point commun de toutes ces propositions est de faire porter la responsabilité aux artistes, aux indépendant·es, aux structures, et surtout aux petites mains des structures. Comme s’il n’y avait rien à attendre des tutelles, des responsables, des personnes de pouvoir. Cela n’a pas été dit comme ça, mais on sent bien derrière ces idées une sorte de résignation.

D’ailleurs, les réactions des acteur·rices institutionnel·les présent·es, en tout cas celles partagées avec la salle, ont été assez courtes. On a surtout appris que “On [l’institution] ne peut pas tout”, et qu’un chantier sur les RPS et les violences sexistes et sexuelles est en cours.

Aucune remise en question de la logique des subventions “au projet” (qui décorrèlent l’argent versé du volume de travail fourni, pour résumer). Aucune réponse sur la demande toujours plus épaisse d’indicateurs chiffrés qui exigent, en creux, de toujours produire / accueillir / diffuser / communiquer “plus”.

On sait que par définition, on ne peut pas vraiment attendre des instances de pouvoir — et surtout de leurs représentant·es — qu’elles changent les règles du jeu. Elles n’ont aucune raison de leur faire, tant qu’elles gagnent, elles jouent ! Théoriquement, ça se tient. En pratique, voir des personnes influentes sortir autant de langue de bois à la minute, ça pique un peu. Je la partage, cette résignation, même si je la regrette en même temps.

Je serais tentée de terminer là-dessus : si on n’a rien à attendre des puissant·es, essayons de donner de l’importance aux autres. Aux non-puissant·es, à nos potes, aux collectifs locaux, aux lieux alternatifs, aux réseaux de légitimation autres qu’institutionnels. L’idée est de tenter, au moins à notre échelle, de renverser les rapports de force.

Imagine, du jour au lendemain, plus personne n’accepte de travailler gratuitement pour des structures qui ont de l’argent*. C’est irréaliste, mais imagine quand même…

Maintenant, imagine que toi, à ton échelle, tu participes à ce mouvement.

Tu te sentirais pas genre super fort·e ?

C’est bon tu peux arrêter d’imaginer.

(*je suis pas bête, je sais bien que le travail gratuit est nécessaire, mais pas quand il y a un budget)

Je ne dis pas qu’il faut tout refuser cash à partir de maintenant. C’est dur, c’est même presque impossible en soi (j’en sais quelque chose). Mais on peut, au moins, questionner ça. Aborder la question de l’argent, du timing, des conditions matérielles, au moins pour que ça ne soit plus cette évidence tacite suspendue au-dessus de nos têtes. Les non-dits, ça profite toujours au plus fort, alors disons les choses, cash, et sans rougir.

Les pieds dans le plat

Mon astuce pour dire les choses

Pour oser formuler des demandes dont je pense qu’elles ont peu de chances d’aboutir, je me rappelle que si une demande n’est pas formulée, elle n’a aucune chance d’aboutir. Et ensuite, j’ai ma formule magique pour adoucir le malaise que je ressens après avoir abordé des sujets un peu délicats (genre, demander de meilleures conditions de collaboration) : “Je m’en serais voulu de ne pas essayer”. Moi ça me permet de réagir factuellement aux réactions parfois très émotives de mes interlocuteur·rices. Ça ne marche pas à tous les coups, mais au moins, je sais que j’ai essayé (et je ne m’en veux pas de ne l’avoir pas fait).

 

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce congrès, et sur l’ensemble des sujets qui y ont été abordés, mais je m’arrête sur cette astuce perso.

 

Merci d’avoir lu jusqu’ici !

Je terminerai sur un immense big up et merci et bravo et woaw aux personnes qui sont intervenues durant le congrès, parfois au risque de leur réputation, que ce soit en table ronde ou en questions depuis la salle, vraiment c’était cool. Si vous passez par là, sachez que je vous kiffe et qu’on continue la discussion anytime !

 

Que qui peut puisse !

Et à la prochaine.

Disons les choses

Références citées :

  • Le site du Cipac est
  • Le programme du congrès est ici
  • Le communiqué de presse issu du congrès est
  • Le site du Cnap, le Centre national des arts plastiques, est ici
  • Celui de la DGCA, la Direction générale de la création artistique qui s’occupe (entre autres) des arts visuels, c’est
  • Le site de l’ARACT-ANACT, l’Agence (régionale / nationale) pour l’amélioration des conditions de travail, est ici
  • Le Pass culture, ça se passe par
  • Le site de La Buse est
  • Le site de Documentations.art est ici
  • Le groupe facebook d’Economie solidaire de l’art c’est
  • (je n’ai pas retrouvé de site ni d’instagram pour Décolonisons les arts 😕)
  • L’Adagp c’est
Affaire à suivre sur Art Boulot

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